Séminaire du Champ lacanien

[Affiche complète, programme]

Organisé par le conseil d’orientation (CO) et le conseil de direction (CD) de l’EPFCL-France

à 21h15, au 118, rue d'Assas - 75006 Paris

« Ce qui nous tombe dessus »

Quand l’impensable se réalise sans que l’angoisse n’ait pu signaler l’imminence de la menace, un effroi nous tombe dessus tel l’effet d’une bombe qui troue la réalité psychique et déboite le montage du fantasme. Le sujet est traversé par une torpeur sans écho de mots, ni de sens, signe d’une rupture d’avec la langue, d’avec le langage lui-même. Lacan parle de la rencontre du réel, « un rendez-vous auquel nous sommes toujours appelés avec un réel qui se dérobe 1 », un réel manqué - au-delà de l’automaton – d’où le principe de répétition en marche.

Le titre du séminaire Champ lacanien de cette année est inspiré d’un évènement mondial encore d’actualité. Ainsi la Covid-19, potentiellement mortelle, provoquée par un virus inconnu et contagieux, ajouté à un ordre de confinement social et sanitaire, nous est tombé dessus, sans attendre les trois coups de théâtre avant la levée de rideau.

Les traumatismes de la vie voilent et raniment le trauma originel, point nodal de l’appareil théorique de la psychanalyse ; il entraine dans son sillage, les définitions de l’inconscient, du fantasme et de la jouissance.

La théorie freudienne du trauma a évolué – non sans les apports de Ferenczi – pour autant, Freud n’a jamais renoncé à son origine sexuelle ni à la notion d’après-coup du traumatisme, avec dans les deux cas un débordement de la pulsion, mettant en échec le principe de plaisir.

Lacan reprend la thèse freudienne en la généralisant à tous les êtres parlants et situe le trauma originel dans le langage, dans les trous entre les dits, aux multiples occurrences : trou du corps dont s’origine la pulsion, trou laissé par l’objet toujours déjà perdu, trou dans le réel de la jouissance. Ces troumatismes obligent chacun à inventer quelque chose pour les masquer et s’en déprendre : signification phallique devant l’horreur de la castration ou construction délirante devant la néantisation de la réalité de l’être.

De la naissance à la mort, les occasions d’une rencontre traumatique sont nombreuses, chacun réagit en fonction de ce qui a fait trauma pour lui – c’est-à-dire rencontre avec la jouissance du corps, forclose pour tous – et de la façon toujours symptomatique / sinthomatique dont il s’en est défendue. Ainsi il n’y a pas d’autres possibilités d’affronter le réel du traumatisme qu’en repassant par la voie du signifiant. Les soirées maintiennent la formule de l’exposé-débat à deux, trois ou quatre intervenants, à l’exception d’une soirée organisée autour d’une invitée.

Les membres peuvent écouter les enregistrements des séances en suivant le menu Audio qui apparait après s'être connecté avec son compte utilisateur personnel (Espace membre).

12 novembre 2020

1. Premiers évènements de corps

Brigitte Hatat : « Ce qui s’en dit, ce qui s’en écrit »

Il s’agira de questionner comment cet événement de corps qu’est le symp- tôme en vient à s’écrire dans l’analyse, aux dépens du « c’était écrit » du récit qui l’hystorise.

Marc Strauss : « Premiers ? »

Tous les événements de corps sont premiers, au sens mathématique. Est-il alors analytiquement fondé d’en filer une genèse qui mènerait à leur point d’origine ? Plus prosaïquement, que devient avec Lacan la levée de l’amnésie infantile, index d’une analyse aboutie pour Freud ?

Lina Velez : « Le symptôme comme événement de corps »

Qu’est-ce qu’un événement de corps ? Lacan définit le symptôme comme un événement de corps dans le texte « Joyce le symptôme » : que le symptôme s’inscrive dans le corps est une indication présente dès le début de son enseignement. Qu’est-ce qui désigne un symptôme comme événement de corps ? Qu’est-ce qui évolue entre la définition du symptôme comme inscription dans le corps et celle, plusieurs années après, comme événement de corps ? Le cheminement de Lacan part du symptôme comme formation de l’inconscient, déchiffrable et qui révèle le désir de l’inconscient, pour aboutir au symptôme comme événement de corps qui relève du registre de la jouissance indéchiffrable, « jouissance opaque d’exclure le sens », dit-il. La jouissance suppose le corps ; un corps vivant, comme ce qui n’est pas du registre de l’image spéculaire, mais qui se définit comme « ce qui se jouit », non pas d’une jouis- sance naturelle, mais par le truchement de la langue. L’événement de corps serait le traumatisme de la langue sur le corps, quelque chose qui est arrivé au corps du fait de la langue ? Cet accent sur la jouissance, et donc sur le corps, a-t-il des effets dans la pratique analytique ? Dans le séminaire Les non-dupes errent, Lacan souligne qu’il n’y a d’événement que d’un dire. Ainsi, l’événement n’est pas l’historisation liée au symbolique, mais signe de réel : ce qui s’écrit au-delà du déchiffrement. Il s’agira d’aborder les questions sui- vantes : un dire peut-il produire les premiers événements de corps ? Le premier dire, est-ce celui du sujet ou celui de l’Autre ? Les premiers événements de corps sont-ils repérables comme tels ? Se disent-ils ou s’éprouvent-ils ?

Discutant : Jean-Pierre Drapier

10 décembre 2020

2. Les surprises de l’inconscient

Patrick Barillot : « Ce qui du sexe nous tombe dessus »

« La sexualité, ça m’est tombée dessus » : parole d’un sujet tourmenté par la question de son identité sexuelle et de ses modalités de jouissance. Sur- prise de l’inconscient dirions-nous, oui mais jusqu’où si on tient compte qu’en matière de sexe, le sujet a le choix ?

Bernard Brunie : « Résistance(s) »

Par-delà le cocasse de l’affaire « surprise » qui m’amène là, je tenterai d’en tirer quelques fils du côté du concept de résistance à la lumière de l’expérience dans laquelle l’actualité nous plonge concernant notre pratique.

Patricia Gavilanes : « D’où vient ce qui nous tombe dessus ? »

Comment donc ce qui nous tombe dessus viendra interpeller la tension qui parvient du dedans de l’organisme et qui va au-delà de toute notion de prin- cipe et de système déjà établi ?

D’où vient la surprise ? Ce qui nous tombe dessus ne surgit-il pas tout aussi bien du dedans, du dessous, de notre propre inconscient et de la jouissance qui en dérive ?

Discutante : Nadine Cordova

14 janvier 2021

3. Bonnes et mauvaises rencontres

Dominique Fingermann

Martine Menès

Pierre Perez

Discutante : Carole Leymarie

11 février 2021

4. La chute des idéaux - invité

Invitée : Mazarine Pingeot

Discutant : Radu Turcanu

18 mars 2021

5. La rencontre des corps

Jean-Jacques Gorog

Mihaela Lazarov

Philippe Madet

Discutante : Sol Aparicio

8 avril 2021

6. Menaces imaginaires et pertes réelles

Hélène De Lima Duteriez

Irène Fourno

Laurence Mazza-Poutet

Discutant : Didier Grais

27 mai 2021

7. Les troumatismes

Alexandre Faure

Vanessa Brassier

Kristèle Nonnet-Pavois

Céline Guégan-Casagrande

Discutant : Armando Cote

10 juin 2021

8. Ca ne cesse pas de tomber, après l’analyse

Luis Izcovich

Lydie Grandet

Discutante : Mireille Scemama-Erdös

  • 1. J. Lacan, Le séminaire, Livre XI, les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Paris, Seuil, 1973, p 53.