Séminaire École

L’inconscient c’est la politique 1

Cette expression est de Lacan. Elle est moins étrange qu’il n’y paraît, si nous admettons que l’inconscient n’est pas sans être pour chacun la boussole inaperçue qui oriente ses choix et ses fins dans les diverses conjonctures du réel, autrement dit sa politique. À ce compte pas d’inconscient collectif, bien sûr, Lacan l’a souvent affirmé, et il pouvait même dire en 1946, commentant Freud, « le collectif n’est rien que le sujet de l’individuel » (Écrits, p. 213). Dit autrement, les options politiques au sens commun du terme sont toutes symptômes. De fait, d’ailleurs dans la diachronie, avant d’être un citoyen, l’homme est d’abord l’enfant d’une famille – ce qui « depuis toujours s’oppose à la polis au sens de la cité » dit Lacan (Conférence du 1er décembre 1975 à la Columbia University, Scilicet, 5-6, p. 44) – , enraciné dans lalangue maternelle qu’il a reçue. C’est de là que se déposent, au gré des accidents de sa petite histoire, son savoir inconscient incorporé et les « marques » constituantes de son corps symptôme, le plus singulier donc.

Seulement, si le plus singulier fait trace du discours familial, de ce que Lacan a d’abord appelé l’Autre en fait, alors l’inconscient, les inconscients plutôt, ne sont pas sans être noués, ouverts à la grande histoire, celle où se concoctent les liens sociaux d’un lieu et d’un temps donnés avec leurs grands évènements. On le constate d’ailleurs, les politiques individuelles des « différences absolues » ont toujours une portée plus large, et ne manquent jamais de se répercuter au niveau du lien social de la cité. Notre politique à nous, disait Lacan, c’est « notre façon de concevoir un certain lien social » (ibid., p. 48), celui constitué par une psychanalyse évidemment. D’où la question de la place de ce lien spécifique parmi les autres.

Notre thème ouvre donc la réflexion, au-delà du concept même de l’inconscient, sur la politique de la psychanalyse dans les urgences qu’imposent les discours du capitalisme.

Colette Soler, mai 2017

 

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12 octobre 2017

Patricia Dahan : « Logique et politique »

En quoi la logique a-t-elle quelque chose à voir avec la politique ? C’est que précisément elle permet d’articuler ce qui est le propre de la politique, c’est-à-dire « ce qui lie les hommes entre eux et ce qui les oppose ». Il y a d’après Lacan une cohérence entre la logique et le politique qui tient à la structure du langage.

Marc Strauss : « Quelles stratégies pour la psychanalyse ? »

En 1932, le traumatisme de 14-18 à peine élaboré, déjà se profile une nouvelle guerre. Freud, en réponse à Einstein, montre que la violence est constitutive du sujet, et par là inéliminable des liens sociaux.

Si la psychanalyse peut soutenir un sujet dans sa révolte contre la violence de son symptôme, la question de ses stratégies possibles contre les excès de la violence collective est toujours d’actualité.

Animé par Patricia Zarowsky

30 novembre 2017

Elisabete Thamer : « Plus politique que n’importe quelle abeille »

Que la tradition philosophique considère l’homme comme un « animal politique » est une idée bien connue. Que l’inconscient soit la politique est moins connu. Comment peut-on conjuguer ce qu’il y a de plus singulier chez un sujet, son inconscient, avec ce qui, de prime abord, semble lui être antinomique, à savoir la politique ?

François Terral : « Dire politique »

Il s’agira, à partir de l’assertion de Lacan « L’inconscient c’est la politique » et de son contexte, de dire pourquoi la politique ne se résume pas à une expérience collective, dont les prises de pouvoir des uns sur les autres seraient à réguler. S’il y a des dits politiques, dissonants et bruyants, comment situer le silence du dire politique qui les permet ?

Animé par Patricia Dahan

21 décembre 2017

Anastasia Tzavidopoulou : « Que pourrait-on dire d’une position politiquement analytique ?  »

« L’inconscient c’est la politique », il y aurait une double articulation de cette expression de Lacan : la petite histoire du sujet, dictée par son inconscient, et la grande Histoire, celle qui dicte une logique collective. Dans son sillage, une position politiquement analytique serait celle qui, loin d’être militante ou sociale, produirait un énoncé pour cerner l’objet de la psychanalyse, l’inconscient. C’est le cas chez Freud et aussi chez Lacan.

Bernard Lapinalie : « La politique du psychanalyste  »

Difficile à notre époque de contredire la thèse de Lacan disant que la mise au jour du fonctionnement du capitalisme par Marx a renforcé le capitalisme ; quant aux diverses politiques menées à ce jour, rien n’indique qu’elles arrivent à modérer son renforcement.

Du coup on peut se poser la question : ne doit-on pas penser que la mise au jour du fonctionnement de l’inconscient ne peut également que le renforcer et quelle est alors la politique du psychanalyste telle qu’elle ait chance de répondre à ce qui paraît en impasse obligée ?

Animé par Elisabete Thamer

25 janvier 2018

Frédéric Pellion : « L’inconscient, une “puissance de refus” ? »

Plutôt qu’un exposé systématique, je ferai un petite pérégrination aux alen- tours immédiats, et moins immédiats, de la formule de Lacan. Non sans espérer élucider pourquoi, si pour Lacan « l’inconscient, c’est la politique », on ne peut pas soutenir la réciproque.

Albert Nguyên : « Intelligence artificielle vs intelligence psychanalytique »

J’essaierai de développer l’idée que face à ce qu’annoncent et nous prédisent les biotechnologies et les plateformes numériques (avec les bouleversements des liens sociaux, les changements dans la façon de faire de la politique, etc.), les psychanalystes, au-delà de s’informer, sont appelés à dire, à donner et à faire entendre les réponses qu’à la suite de Lacan ils ont la responsabilité de formuler. La question dès lors se pose en termes de stratégie, de tactique et... de politique dans notre École.

Animé par Anastasia Tzavidopoulou

15 février 2018

Rosa Guitart-Pont : « Politique de l’inconscient - Politique du psychanalyste ? »

Les diverses formations de l’inconscient nous montrent que les visées de la politique de l’inconscient sont plurielles. C’est donc cette pluralité que j’évoquerai, avant d’interroger la politique de l’analyste.

Colette Soler : « La politique d’un inconscient à l’autre »

L’inconscient c’est la politique. Oui, mais de Freud à Lacan, l’inventaire de ce qu’est l’inconscient est allé progressant jusqu’à la nouvelle définition de l’inconscient-parlêtre. Quelles conséquences pour la politique de l’analyste ?

Animé par Frédéric Pellion

29 mars 2018 - changement de date

Mihaela Turcanu-Lazarov : « La politique du sujet »

À partir de la formule de Lacan « l’inconscient c’est la politique », pouvons- nous affirmer que la politique du sujet, en analyse, se retrouve dans le Witz, ainsi que dans les autres formations de l’inconscient ? Et hors analyse, quelle politique du sujet en institution ?

Sidi Askofaré : « Pourquoi la politique ? »

Contrairement à la plupart des psychanalystes, hormis Freud, Lacan n’a cessé d’accompagner son enseignement et les nombreux frayages de cet enseignement, d’un essai de définition ou de redéfinition de l’inconscient. Définition négative. Qui ne se souvient de « Position de l’inconscient » : « L’inconscient n’est pas... » Mais définitions positives aussi bien, et dont il est difficile de tenir le compte, tellement elles sont nombreuses. C’est dans cette série que vient s’inscrire la définition la plus surprenante et la plus énigmatique, peut-être, qu’il énonce en 1967 dans La Logique du fantasme : « ... l’inconscient, c’est la politique ».

Cette définition est-elle en contradiction et/ou en rupture avec celles qui l’ont précédée dans son propre enseignement ou dans l’œuvre freudienne ? Inaugure-t-elle un autre concept, une autre position, un autre régime de la psychanalyse ? Peut-on et doit-on la maintenir une fois établi que l’inconscient est un « savoir sans sujet » et lorsque Lacan en vient à préférer et à substituer au signifiant freudien d’inconscient celui de parlêtre ?

Animé par Colette Soler

12 avril 2018

Danièle Belon: « La politique du sujet »

Comment se joue dans la politique ce qu’il en est de la béance de l’inconscient autour des trois dimensions du symbolique, de l’imaginaire et du réel qui constituent « l’espace habité de l’être parlant » ? Cet espace est celui de la structure du sujet mais aussi celui de la vie ensemble.

Je tenterai de mettre en perspective quelques écueils possibles dans ces différents registres du fait de l’inconscient, langage et réel.

Le symptôme, trace de « ce qui ne va pas dans le réel », y répond. Toutes les réponses ne sont pas équivalentes.

Dimitra Kolonia : « Quelle politique après la fin d’une analyse ? »

Le symptôme est au cœur du trajet d’une analyse, de l’entrée à sa fin. Il oriente aussi bien le sujet que l’analyste. Le traitement que l’analyste lui réserve ainsi que son enjeu quant à la fin de la cure ne peuvent pas laisser le symptôme en dehors de la politique de l’analyste.

Animé par Mihaela Turcanu-Lazarov

31 mai 2018

Marie-José Latour: « La parole publique du psychanalyste »

De Freud à Lacan, de Malaise dans la civilisation à Télévision, chacun, qui le souhaite, peut, à les lire, mesurer la portée politique de la psychanalyse. Qu’en est-il aujourd’hui de la parole publique du psychanalyste ?

Armando Cote : « Une pratique sans valeur » mais pas sans l’impossible »

La politique se joue dans le lien avec le réel mais pas sans les autres. Pour détruire la politique il faut toucher à la langue, dès que la parole est en jeu la question est politique, impossible donc de dénouer l’inconscient et la politique, même si le discours analytique disparaît, l’effet de l’inconscient se fera sentir. Le langage fait de l’homme un animal politique, la politique est une affaire de langues, de la langue. Un retournement, une inversion de la tendance suffisent, mais pour cela, il faut une dépense, ce qui nous mènera à parler de la « valeur »... d’un éclat de rire. Le rire comme un don qui éclaire la dynamique de l’inconscient.

Animé par Dimitra Kolonia

  • 1. J. Lacan, Le Séminaire, Livre XIV, La Logique du fantasme, leçon du 10 mai 1967, inédit.